Man isst was man isst
Film réalisé en 2025 grâce à une bourse d’aide à la recherche octroyée par le service culturel de Genève

Suite à Flunked, je voulais réaliser un film d’animation moins narratif et travailler sur le rapport entre matière et animation afin de propose une réflexion sur le stop-motion. J’ai ainsi voulu approfondir ce qui me passionne dans ce médium: animer l’inanimé, le rendre vivant. Pour jouer avec cette ambiguité, j’ai animé des matériaux périssables, organiques, ce qui a permis de mettre en évidence leur processus de décomposition. On se retrouve ainsi face à une composition évoquant une nature morte classique. Après un petit moment, la chanson «life is life», tiré d’une vidéo de Diego Maradona à l’entraînement et où le bruit de la foule est encore audible, se met en marche et un personnage composé de matériaux organiques, comestibles, se lève et se met à danser. Iel danse et danse, et au fur et à mesure on peut observer les différents éléments qui fondent, pourrissent, se détachent, et constater le changement qu’opère le temps sur le personnage.

Ce film m’a permis de poursuivre autrement ma pratique de la sculpture et de l’installation, où j’aime travailler avec des matériaux fragiles et les mettre à l’épreuve avec des techniques et artisanats que je détourne de manière «DYI». La dimension temporelle est importante ici: les éléments animés deviennent une sorte d’horloge témoignant du temps de tournage, où deux semaines sont réduites à trois minutes. L’animation permet de capter ce temps et de jouer avec, à s’en rendre maître – mais uniquement en images.

Lien vers le film: https://youtu.be/1PsF5yV5RC8

Feu de tout bois
Exposition en duo avec Brieg Huon à l’atelier Flemme à Paris
12.06.25-19.06.25

La première chose qui saute aux yeux est la présence du bois, matériau traité différemment par les deux artistes : Chez Brieg Huon, il permet de façonner des sculptures servant de cadres à ses dessins, donnant forme à un travail qui, selon Carin Clonowski, est «habité par la question de l’animation des objets, qu’il aborde avec une fantasmagorie drolatique» et dont les «sculptures, à l’allure rétro et cartoonesque, décalent avec humour leur référence minimaliste, et donnent patine et chaleur au mobilier en kit.».

Chez Paul Hutzli, le bois existe en trompe-l’œil, pratique qui s’inscrit plus largement dans son travail. N’ayant pas de médium de prédilection, il emprunte souvent techniques et matériaux à des artisanats carnavalesques, culinaires ou DYI qu’il va aborder en autodidacte. Dans cette exposition, il emploie du papier mâché repeint et verni à la manière de l’artisanat des masques du carnaval de Bâle. Cette technique, dont on fit autrefois des meubles et de somptueux décors comme celui du théâtre de Marie-Antoinette, est aujourd’hui relégué aux bricolages enfantins et aux loisirs créatifs amateurs. Paul Hutzli travaille ainsi le faux et son usage en art. En prônant le mélange des genres, les pratiques savantes – ou pensées comme telles – et les autres, celles qui appartiendraient aux Beaux-Arts et celles qui seraient artisanales, il démonte et s’amuse de ces classements artificiels. Facétieux, son travail garde l’essentiel du carnaval, qui n’est autre qu’un temps de renversement des valeurs pour mieux les interroger.

L’exposition permet de faire résonner ces pratiques très différentes qui partagent néanmoins un intérêt commun pour le rapport entre artisanat et art : le bois, vrai ou faux, permet de créer un terrain d’entente sur lesquelles les thématiques et inspirations propre à chacun peuvent fleurir.